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Chapelle de Bagalance

Site et monument historiques, Patrimoine religieux, Chapelle, Roman à Barbentane

  • C'est à proximité de l'emplacement potentiel de Bellinto (ancêtre du village de Barbentane) que s'est construit, avant le IX siècle, la Chapelle, puis l'Ermitage de Saint-André-de-Bagalance. Il fait partie des nombreux prieurés qui parsèment la Provence depuis le XIIème siècle, souvent construits dans des lieux isolés, mais toujours aux abords de drailles empruntées par les Roumieux (pèlerins) et/ou les bergers.
    Servaient-ils alors de lieux d'abri et/ou de restauration, mais aussi, en ces...
    C'est à proximité de l'emplacement potentiel de Bellinto (ancêtre du village de Barbentane) que s'est construit, avant le IX siècle, la Chapelle, puis l'Ermitage de Saint-André-de-Bagalance. Il fait partie des nombreux prieurés qui parsèment la Provence depuis le XIIème siècle, souvent construits dans des lieux isolés, mais toujours aux abords de drailles empruntées par les Roumieux (pèlerins) et/ou les bergers.
    Servaient-ils alors de lieux d'abri et/ou de restauration, mais aussi, en ces époques où ni les cartes ni les vues aériennes n'existaient, de points de repère sûrs et fiables puisqu'habités.
    Son premier vocable était Saint-André(8)-de-Tybeli ou bien Saint-André-de-Tiberi. Ce nom disparaît au XIIème siècle pour adopter celui de Bagalanse, puis Bagalose, puis Bacalose, puis Cacalose pour finir par Bagalance. Il est à penser que ce toponyme est tiré du latin païen Bacchus ou Bacca qui deviendra un patronyme très répandu dans la région.
    Dans les cadastres anciens on trouve, aux environs de l'Ermitage, un rocher de nom de Trulhus où, jusqu'au XVIIIème siècle, se faisaient encore des criées et les publications officielles des règlements communaux. Le chemin qui le dessert s'appelait soit la Via Blanca soit le chemin des Escatillons soit celui des Pillières, rien n'est vraiment sûr quant à sa dénomination. Même maintenant au cadastre de Barbentane, il n'a pas de nom. Du côté de Graveson, il a été baptisé en simple logique Chemin de Bagalance. Il reliait Graveson à Boulbon et/ou Aramon en passant par la faible pente de la trouée du chemin des Carrières pour rejoindre l'antique voie romaine située derrière le mas de Béquier. C'était donc un passage d'importance pour les trafics d'Est-Ouest, de la Durance au Rhône et au-delà, en évitant les plaines marécageuses et souvent inondées du confluent.
    Tout laisse à penser qu'à l'origine, et en ce lieu, il y avait un antique Sacellum, remplacé au moins au IXème siècle, peut-être avant, par une construction couverte. N'oublions pas qu'au VIème siècle de nombreuses invasions, par vagues successives et destructrices, ont rasé définitivement le village de Fretta et les nombreuses constructions qui subsistaient de l'époque Romaine. Elles ont laissé nos campagnes en état de ruines. Plus âme qui vive ne devait séjourner durablement dans ces endroits isolés, seuls les chemins devaient être fréquentés puisque la plupart d'entre eux, du moins les plus utiles, donc les plus utilisés, servent encore de socle à nos routes goudronnées. C'est donc à partir du IXème siècle, dans une campagne légèrement plus sécurisée, que des moines bâtisseurs ont commencé à élever des constructions plus 'protectrices' avec des murs-remparts et se sont mis à assécher les marais qui stagnaient dans les basses plaines. C'est le siècle des reconstructions, d'ailleurs c'est aussi à cette époque que Barbentane s'est entourée de ses premiers remparts, c'est aussi le siècle d'une reprise liturgique et artistique.
    Cette époque a laissé à l'Ermitage des traces visibles, on y voit toujours, dans ce qui reste de la chapelle, des sculptures en bandeaux d'inspirations wisigothiques. Toutefois, c'est au XIIème siècle que l'Ermitage prend de belles proportions. On conserve la base saine des murs de la chapelle, on ouvre à l'Est la porte d'entrée et, au Nord, on ajoute une abside en cul de four. Au Sud, est élevé un demi-étage d'habitation, peut-être un dortoir ou une sacristie, toujours visible, et par le même escalier on peut accéder à l'étage de l'Ermitage.
    Cette chapelle est orientée Nord-Sud, ce qui est peu courant mais presque obligatoire vu la configuration des lieux. Elle est de style Roman classique. Elle comprend une nef étroite et trois travées voutées en berceau brisé. Elle mesure 18 mètres de long sur une hauteur de 8 mètres. La voûte, soutenue par des doubleaux, retombe sur une imposte continue sans fioriture, excepté un fragment ancien d'engrenages et d'oves d'origine antérieure.
    L'Ermitage lui-même a été placé à côté de l'entrée de la chapelle qui avait un beau porche aujourd'hui complètement disparu. On peut voir maintenant des sculptures raffinées aux motifs floraux soulignés par des incisions losangées, eux aussi d'origines wisigothiques, datant de la construction originelle de la chapelle. Deux petites fenêtres au Sud et un oculus au Nord, au-dessus de l'abside, laissaient la lumière pénétrer.
    Plus au Sud, creusées directement dans la roche, derrière l'Ermitage, de nombreuses tombes Carolingiennes ont été répertoriées, pratiquement plus visibles de nos jours. D'une austérité toute cistercienne dans son apparence extérieure maçonnée, il est certain que son 'intérieur', comme c'était la coutume, était d'une grande richesse de couleurs, avec des décors peints et des fresques de grandes qualités. D'ailleurs vers 1945, en grattant un peu les plâtres protecteurs autour de l'oculus, un amateur a découvert une fresque d'une superbe beauté.
    Des destructions dues aux troubles des XIV et XVIème siècles ont nécessité des reprises visibles et l'ajout de contreforts aux angles Nord de la chapelle. Quant aux bâtiments de l'Ermitage, ils semblent du XVIème, mais il est probable qu'ils en existaient d'autres auparavant. Ils ont dû être rasés, puis reconstruits, car souvent cette solution est moins coûteuse qu'une restauration.
    Devenu trop vaste à entretenir, sans revenus d'importance, il amorce son déclin religieux, mais il n'est pas pour cela abandonné. On y célèbre encore des offices, on y fait des pèlerinages, toutefois son isolement le prédispose aux déprédations. D'ailleurs, en 1694, sitôt la messe annuelle dite, il faut murer la porte d'entrée. Même les autorités religieuses le laissent se dépérir, tout juste y effectuent-elles les quelques travaux qui l'empêchent de tomber en ruine. Au XVIIIème siècle on refait la toiture en tuiles, on met des barreaux et des vitres aux fenêtres mais le cimetière est abandonné en 1755 puisque le dernier véritable ermite du lieu est enterré à Graveson.
    En plus, il a une particularité peu banale, si la chapelle est en territoire Barbentanais, l'Ermitage pourtant attenant est, lui, en territoire Gravesonnais.
    La révolution achève le processus et, le 1er décembre 1791, l'administration du District de Tarascon vend l'Ermitage et les terres avoisinantes pour 4 200 livres à un négociant d'Eyragues. Même lors de la reprise religieuse, en 1830-1836, les derniers ermites attitrés n'y résident plus le premier reste à Rognonas et le suivant, qui sera le dernier, réside lui à St Andiol.
    La construction de la ligne ferroviaire du PLM entre 1843 et 1847 l'isole définitivement. De plus, les moyens de transport se modifient, finie la marche à pieds, c'est en voitures hippomobiles, puis en automobiles que se font les trajets. Cette nouvelle façon de voyager ne s'économise plus dans des déplacements directs, elle préfère les routes "propres", accessibles en tout temps, même si pour cela on perd un peu de temps.
    Malgré cela, l'Ermitage reste toujours un refuge pour des personnes en mal d'habitation et jusqu'aux années 1975, il servait encore d'abri pour un berger et ses moutons. Hélas, un de ses propriétaires fit désosser et vendit l'abside Carolingienne ce qui a compromis à jamais la solidité de l'ensemble. Le puits a disparu, probablement démonté et lui aussi vendu de plus un incendie a fini par l'achever.