Noël en Provence

En Provence, la période de Noël est émaillée de traditions. La crèche représentant un village provençal, le gros souper, le rite des 13 desserts ou la messe de minuit se sont exportés bien au-delà de ses frontières.

La Sainte Barbe et la Sainte Luce

Blé, lentilles, gui et houx

Sainte Barbe, patronne des mineurs et des artificiers, est célébrée le 4 décembre. Ce jour-là, les provençaux sèment, dans trois soucoupes, des grains de blé et des lentilles. Pendant les 20 jours qui séparent la Sainte-Barbe de Noël, les graines germent pour former de jolies touffes vertes. Des grains bien germés sont synonymes de bonne récolte. Le soir de Noël, la plus belle des trois soucoupes est placée sur la table. À la Sainte Luce, le 13 décembre, on cueille du gui et du houx. Le premier est suspendu au-dessus des portes en signe de paix et de bienveillance. Le second protège de la sorcellerie.

La crèche

Un concentré de Provence

La Sainte Barbe passée, on « fait la crèche ». En Provence, c’est un moment important de la vie familiale. On attribue son invention à Saint François d’Assise, qui fit représenter dans une étable abandonnée, par des personnages et des animaux vivants, la Nativité. Mais c’est seulement à la Révolution que cette tradition se répand. Elle gagne toutes les régions de France. La crèche est en fait une représentation idéale du village provençal. Outre les personnages figés entre les maisons, le puits, le four ou l’eau du moulin, on y trouve l’étable qui abrite l’enfant Jésus, la Vierge Marie, Joseph, l’âne, le bœuf et l’étoile qui guide les Rois Mages (ajoutés à la crèche le 6 janvier).

Les santons

Entre tradition et folklore

Mais la crèche, c’est avant tout le santonFabriqués avec de l’argile, les santons (du provençal « santoun », « petit saint »), issus d’un moule original représentant de multiples personnages populaires provençaux, sèchent à l’air libre avant d’être vernis. Les santonniers créent leurs personnages en s’inspirant du folklore, de la tradition et des métiers d’autrefois. Parmi eux, on retrouve par exemple Roustido, sympathique bourgeois au parapluie rouge. Bartomiou, un incorrigible ivrogne, coiffé d’un long bonnet de coton. Ou Pistachié, le grand dadais qui conduit un âne chargé de sacs de blé.

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La veillée de Noël

« Cacho-fio » et gros souper

La veillée de Noël commence par le rite du « cacho-fio » : l’allumage de la bûche. Avant de se mettre à table, le plus âgé et le plus jeune de la famille présentent la bûche, traditionnellement d’arbre fruitier (poirier, cerisier, olivier), devant la cheminée. Trois fois de suite, ils répandent du vin cuit sur la souche avant de la placer dans le foyer et de l’allumer en chantant. Le gros souper nécessite une véritable mise en scène. La table est recouverte des « trois nappes » blanches et ornée de trois chandelles qui évoquent la Trinité. Elle est décorée de houx et du blé de la Sainte Barbe. Un couvert est réservé à un inconnu, c’est le « couvert du pauvre ». Le menu se compose de sept plats maigres, qui symbolisent « les sept plaies du Christ ».

Vin et Gastronomie

Les 13 desserts

Bonne fortune pour l’année à venir

Après le gros souper, on déguste les 13 desserts, dont le nombre renvoie au Christ et au 12 apôtres. Parmi eux, les « quatre mendiants », qui renvoient les ordres religieux ayant fait vœu de pauvreté : noix et noisettes (Augustins), figues sèches (Franciscains), amandes (Carmes) et raisins secs (Dominicains). Les autres desserts varient selon les villes et les familles : pompe à huile, nougat, pommes et poires, mandarines, fruits confits, pâte de coing, calissons d’Aix, dattes… Chaque convive doit manger un peu de chaque dessert pour s’assurer bonne fortune toute l’année.

La messe de minuit

Veillée, chants et pastrage

Le rayonnement de cet office d’origine provençale n’est plus à souligner : il a ému le monde entier. Avant la messe proprement dite a lieu la veillée, instant de recueillement agrémenté de chants dont les « Noëls », cantiques en langue provençale. Le cérémonial de la messe de minuit comporte une animation particulière au moment de l’offrande : le pastrage. Les bergers en longue robe de bure, dont l’un porte un agneau de lait, s’avancent lentement vers le maître-autel. Devant l’autel, l’agneau est offert au prieur qui le prend dans ses bras. Le berger fait le récit du voyage que lui et ses compagnons ont dû faire, à travers collines et vallons, avant leur adoration.

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