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Du Pop Art américain à la Figuration narrative

Fondation Carmignac, Mamac de Nice, Musée de Toulon, Mac de Marseille, Villa Tamaris et Musée Estrine à Arles… On vous embarque pour un voyage à travers les mouvements artistiques qui ont marqué l’histoire des années 50 à nos jours : le Pop Art américain, le Nouveau Réalisme et la Figuration narrative.

Le Pop Art américain

Cap sur la Fondation Carmignac

Apparu aux Etats-Unis à la fin des années 50, le Pop Art s’émancipe des formes d’art classiques, considérées comme élitistes. Il s’approprie les codes de la culture populaire et s’empare des objets du quotidien pour s’adresser au plus grand nombre. Collectionneur passionné, Edouard Carmignac a constitué, au fil des années, une collection d’œuvres contemporaines d’envergure, axée notamment autour du Pop Art américain : « J’ai eu la chance de m’intéresser aux artistes de ma jeunesse au moment où ils étaient abordables ». Bien lui en a pris ! La Fondation Carmignac expose aujourd’hui deux des géants du Pop Art : Andy Warhol et Roy Lichtenstein, connu pour son style proche de celui de la BD et à qui Carmignac voue une admiration particulière. Ici, on retrouve aussi des créations de Martial Raysse et de Jean-Michel Basquiat, pionnier de l’underground et ami de Warhol. La visite n’est pas terminée : la Villa Carmignac abrite des dizaines de toiles de grands noms de l’art contemporain et un parc de sculptures monumentales. 

Le Nouveau Réalisme

 Un Pop Art « made in France »

Émanation du Pop Art américain, le Nouveau Réalisme émerge en France au début des années 60. Comme le Pop Art, le Nouveau Réalisme puise ses codes et son inspiration dans une société de consommation en plein boom. Sa démarche est pourtant radicalement différente : en utilisant les objets du quotidien comme matières premières, les artistes entendent dénoncer l’absurdité de la surconsommation. Arman, Yves Klein, César ou Niki de Saint-Phalle, dont les œuvres ont investi le Musée d’art moderne et d’art contemporain (Mamac) de Nice, le Musée d’art de Toulon et le Musée d’Art contemporain (Mac) de Marseille, incarnent les chefs de file de ce mouvement artistique contestataire.

Explorer le Nouveau Réalisme

Le Mamac de Nice

Deux figures majeures du Nouveau Réalisme constituent le cœur des collections du Mamac de Nice : Yves Klein et Niki de Saint-Phalle. Surnommé « Yves le monochrome » car inventeur du bleu outre-mer IKB (procédé déposé le 19 mai 1960), Klein rompt avec les techniques de peintures traditionnelles et n’utilise pas de pinceau. Son « Anthropométrie » (ANT84) a été réalisée via des modèles vivants féminins enduits de peinture (bleue bien sûr !), qui ont imprimé le mouvement de leur corps sur le support. Autre artiste phare du Nouveau réalisme, Niki de Saint-Phalle a légué au Mamac une exceptionnelle donation en 2001. De quoi explorer à fond son univers ludique et coloré. On y retrouve notamment sa « Nana jambe en l’air », l’une de ses célèbres sculptures féminines aux formes généreuses. Impossible de quitter les lieux sans un coup d’œil à « La Dauphine » de César, sa première compression d’une voiture, démarche artistique dont l’artiste a fait sa marque de fabrique. Ni sans avoir admiré les œuvres de Ben, connu pour ses inscriptions blanches sur fond noir et pour qui « l’art doit être nouveau et apporter un choc ».

Le Musée d’Art de Toulon

L’exploration de l’univers des Nouveaux Réalistes se poursuit au Musée d’art de Toulon. La visite est ponctuée d’œuvres d’Arman (« Civilisations »), qui a lui aussi placé la transformation des objets de la société de consommation au centre de son œuvre. On (re)découvre aussi Niki de Saint-Phalle (« Le Monstre »), et le « Portrait relief de Martial Raysse » signé Yves Klein. Pour le réaliser, Klein a de nouveau utilisé ce bleu qu’il a érigé en signature. Le Musée d’Art de Toulon recèle bien d’autres trésors à contempler sans modération. Bien sûr, la « Progression Bleue » de Donal Judd, chef d’œuvre du minimalisme. Mais aussi « Le Fakir » de Robert Combas, initiateur de la Figuration libre.

Le Mac de Marseille

Direction le Musée d’art contemporain de Marseille. Avant même de pousser les portes, le décor est planté. Face au Mac de dresse le célèbre « Pouce » de César, pour lequel l’artiste avait vu les choses en grand : l’œuvre mesure 6 mètres de haut et pèse plus de 4 tonnes. Dans le musée, les œuvres de Niki de Saint-Phalle côtoient celles de son compagnon Jean Tinguely, d’Arman, d’Yves Klein et de Martial Raysse. Autre star des lieux : Jean-Michel Basquiat, dont l’œuvre est empreinte d’influences africaines et hispaniques. Mais aussi de figures squelettiques, qui traduisent le rapport obsessionnel de l’artiste à la mort. On ne quitte pas les lieux sans avoir contemplé l’une de ses toiles emblématiques : « King of the Zulus ».

Explorer la Figuration narrative

On reste au Mac

Au Mac de Marseille, on s’imprègne aussi de la force créative de la Figuration narrative, un courant artistique apparu dans les années 60. Porté par des artistes de gauche et d’extrême gauche, il puise son inspiration dans l’actualité et les images chocs de l’époque. Exemple : « Jumping Rope », imposante toile carrée signée Alain Jacquet. Dans une planète, un bouc géant saute à la corde. L’artiste raconte avoir été Inspiré par une image de la NASA qui l’a fasciné : un cliché de la terre pris par un cosmonaute depuis l’espace. Au Mac de Marseille, les œuvres de Valerio Adami, Gilles Aillaud, Jacques Monory ou Eduardo Arroyo témoignent également de l’intensité et du puissant imaginaire de la Figuration narrative.

Direction la Villa Tamaris

Suite de la visite à La Seyne-sur-Mer, à la Villa Tamaris. Perchée sur les hauteurs de la colline Tamaris, ce vaste centre d’art doté d’une architecture palatiale et raffinée et ouvert sur la mer abrite, entre autres, les créations de quatre grands noms de la Figuration narrative : Jean Le Gac, Gérard Fromanger, Jean-Pierre Pincemin et Philippe Favier. Inspiré par les expériences de la vie quotidienne, Le Gac dit de lui-même qu’il est « d’une modestie exemplaire mais d’une ambition inavouable ». C’est peut-être là toute la clé de son œuvre. Fasciné par « le statut du peintre », il n’a eu de cesse de raconter, à travers ses créations, la vie d’un peintre imaginaire et fantasmé. De Fromanger, artiste très engagé à gauche et épris de couleurs vives, on retient la sublime toile « Bouche à Bouche 2 », où deux rangées symétriques de silhouettes colorées de musiciens se détachent d’un fond noir. À la Villa Tamaris, on peut enfin admirer « Le Grand Livre », œuvre exceptionnelle de Philippe Favier constituée de 23 pages de dessins de deux mètres de long. Habitué à travailler tous les types de matériaux, Favier a ici puisé son inspiration dans des pièces et documents mythiques : la tapisserie de Bayeux, le « Livre des Morts Egyptiens » ou le manuscrit de « Sur la route » de Jack Kerouac.

Escale au Musée Estrine

Le voyage s’achève au Musée Estrine. Dans ce bel hôtel particulier à l’architecture provençale, on retrouve les créations d’artistes du Nouveau Réalisme (César, Klein, Saint-Phalle), et des chefs d’œuvres de la Figuration narrative. Situé à Saint-Rémy-de-Provence, où Vincent Van Gogh a produit nombre de ses œuvres emblématiques en 1889-1890, le Musée Estrine a développé une vocation bien particulière : valoriser la création moderne et contemporaine inscrite dans la filiation du maître hollandais. Le centre d’interprétation qu’abrite le musée permet ainsi de comprendre comment Van Gogh a inspiré des générations d’artistes, dont Bernard Buffet, Albert Gleizes, André Marchand ou Edouard Pignon. Un retour aux sources.