Villa Noailles-PACA-MGuerin

Voyage à travers le surréalisme et l’avant-garde

Le Musée Cantini de Marseille, la Villa Noailles d’Hyères ou la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence témoignent de l’effervescence créative de ces mouvements artistiques majeurs du XXe siècle qui défiaient les règles établies et faisaient de l’art un terrain de jeu débarrassé de ses carcans.

Le Musée Cantini

Vibrer avec les surréalistes…

Au cœur de Marseille, on explore l’univers décalé des surréalistes au Musée Cantini. Né au milieu des années 20, le Surréalisme, théorisé par André Breton, prône une création affranchie de la raison et des valeurs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est à la Villa Air-Bel, une vaste demeure érigée près de des rives de l’Huveaune, à Marseille, que les surréalistes trouvent refuge dans l’attente de leur visa pour les Etats-Unis en 1941. Parmi eux, Breton donc, avec sa femme Jacqueline Lamba mais aussi Jacques Hérold, Max Ernst, André Masson, Victor Brauner, Wifredo Lam, Max Ernst et Oscar Dominguez. Epicentre du microcosme surréaliste, la Villa Air-Bel est le témoin de l’imagination sans frontières de ce groupe d’artistes et d’intellectuels. Ils y créent notamment « Le Jeu de Marseille », un jeu de carte ou les traditionnelles figures du tarot aux références religieuse, royaliste ou militaire, sont remplacées par des personnages symboliques de leur esprit révolutionnaire ou de leurs admirations littéraires comme Sade par Jacques Hérold, Pancho Villa par Max Ernst, ou Freud par Oscar Dominguez. Œuvre icône du Musée Cantini, ces vingt-deux magnifiques dessins, depuis leur donation au musée en 2003, enrichissent ainsi les collections surréalistes du musée, comportant notamment des peintures majeures de Miró, Max Ernst (« Monument aux oiseaux »), Francis Picabia ou encore Hans Bellmer et André Masson (« Antille »).

…Bacon, du Fauvisme au Cubisme, le Pont transbordeur et le Gutaï

Il faut souligner la présence de quelques-unes des grandes individualités du XXème siècle, en dehors de tout mouvement répertorié : Francis Bacon avec « Autoportrait », dont l’artiste a lui-même fait don au musée, Balthus « Nature mort à la lampe », le « Portrait de Diego » d’Alberto Giacometti ou encore Antonin Artaud avec les neuf grands dessins ou Jean Dubuffet. Visiter le Musée Cantini, c’est aussi l’occasion de découvrir les trésors autour du Fauvisme et du passage au Cubisme dans la première moitié du XXème siècle avec notamment Derain, BraqueDufy et les peintures réalisées à l’Estaque, ou encore Picasso, Matisse, Camoin, Chabaud, Signac et « L’entrée du Port de Marseille ».  Un des temps forts de la collection du musée : les photographies du Pont transbordeur et de Marseille vue du pont, réalisées dans les années 30 par des protagonistes d’une nouvelle avant-garde issue du Bauhaus dont Laszlo Moholy-Nagy ou encore Germaine Krull, Man Ray et Roger Schall.  Et enfin, plus dépaysant, les œuvres Gutaï, mouvement d’avant-garde japonais des années 50.

La Villa Noailles

Haut-lieu de l’avant-garde d’hier

C’est en 1924 que l’architecte Robert Mallet-Stevens érige, à la demande des mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles, La Villa Noailles d’Hyères. De style moderniste et meublée dans un style art déco, la villa, aujourd’hui classée aux Monuments historiques, rend hommage aux avant-gardes des années 20 aux années 60. Elle est ainsi restée fidèle à sa vocation initiale et à son histoire. Ici, Charles et Marie-Laure de Noailles avaient pour habitude de réunir, lors de soirées mythiques et animées, l’avant-garde artistique de l’époque. Alberto Giacometti, dont on contemple aujourd’hui les sculptures et les appliques. Jean Cocteau, dont on admire les nombreux dessins. Ou encore Man Ray, connu pour ses photos de mode. En 1929, il tourne même un court métrage à la Villa Noailles : « Les Mystères du Château de Dé ». Un film étonnant et expérimental, qui met d’ailleurs en scène Charles et Marie-Laure de Noailles.

 

… et d’aujourd’hui

Une fresque du peintre surréaliste espagnol Oscar Dominguez atteste aussi de ces années de créativité et d’insouciance. Témoin d’une époque révolue, la Villa Noailles a su s’ancrer dans la modernité : outre ses collections permanentes, elle affiche une programmation tournée vers la jeune création dans les domaines de la mode, de la photo, de l’architecture et du design. Avec, notamment, le Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode, qui a révélé de nombreux talents ces dernières années.

La Fondation Maeght

Marguerite et Aimé Maeght, l’art dans l’âme

Marchands d’art, Marguerite et Aimé Maeght ont durablement marqué l’histoire de création moderne. On leur doit la première exposition surréaliste, organisée à Paris en 1947. Une quinzaine d’années plus tard, le couple inaugure la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence, où sont exposés des dizaines d’artistes avec qui ils ont noué des liens indéfectibles. Parmi eux, Joan Miró, figure du mouvement surréaliste.

Miró, Giacometti, Calder…

Son « Labyrinthe », première association de la sculpture monumentale à l’architecture et à la nature, a pris ses quartiers dans le jardin de la Fondation Maeght. Pour elle, Miró a également réalisé un vitrail, une double verrière de plus de 7 mètres de large, d’un bleu intense. Autre artiste phare du surréalisme : Alexander Calder, fortement influencé par l’avant-garde parisienne et connu pour ses « mobiles », des sculptures abstraites articulées. Arrêtez-vous donc un instant devant « L’empennage » et « Les renforts »… Enfin, on s’imprègne de la puissance créative d’Alberto Giacometti, dont la Fondation abrite la plus importante collection d’Europe. Parmi ses œuvres, « La cour Giacometti », ensemble de trois sculptures qui devait initialement être installé à New York.

Le Musée Granet

Giacometti en guest-star

On poursuit ce voyage artistique sur les traces d’Alberto Giacometti à Aix-en-Provence, au Musée Granet. Acquise dans la seconde moitié du XXe siècle par le collectionneur Philippe Meyer, la collection « De Cézanne à Giacometti » présente 19 œuvres du maître du Surréalisme réalisées entre 1940 et 1969 dont peintures, dessins et sculptures. Parmi elles, « L’homme qui chavire », silhouette décharnée sur le point de tomber en avant, métaphore de la vie qui bascule. Outre Giacometti, la collection abrite des œuvres de Pablo Picasso, Fernand Léger, Paul Klee ou Nicolas de Staël. Une véritable exploration de l’art moderne du XXe siècle. On termine la visite par un détour à la chapelle des Pénitents blancs, joyau architectural aixois qui accueille le fonds Jean Planque. Ici, 700 mètres carrés sont dédiés aux impressionnistes et post-impressionnistes (Cézanne, Monet, Van Gogh, Degas), mais aussi aux artistes majeurs du XXe siècle dont Bonnard, Braque et Léger.

Le Nouveau Musée National de Monaco

Du surréalisme aux ballets russes

On termine avec la visite du Nouveau Musée national de Monaco (NMNM), dont les collections sont réparties dans deux lieux. La Villa Paloma, l’une des plus belles demeures patriciennes de Monaco édifiée au début du XXe siècle, et la Villa Sauber, l’une des dernières villa Belle époque de la principauté. En explorant les riches collections du NMNM, on retrouve les œuvres d’artistes liés à l’avant-garde, dont Jean Cocteau, ou au Surréalisme. C’est le cas d’Alexander Calder ou de Francis Picabia. Mais la collection du NMNM se révèle d’une rare variété, puisqu’on y contemple aussi des œuvres de Claude Monet, fondateur de l’impressionnisme, ou de l’icône du Pop Art Andy Warhol. Au Nouveau Musée National de Monaco, une grande partie des collections est par ailleurs consacrée aux ballets russes, avec des artistes comme Natalia Gontcharova et Leon Bakst, peintre, costumier et professeur d’un certain… Marc Chagall.